(Ouais j'autocite des passages de ma thèse sans pression)
« En théorie, la technologie militaire fait partie des premiers emprunts d’une société à l’autre, car la pénalité qui résulterait du fait de ne pas le faire pourrait être fatale pour l’une des deux »
Je connais des dizaines d'étudiants de Master qui seraient ravis de venir, même bénévolement, dessiner, apprendre à nettoyer, apprendre à restaurer, apprendre à reconditionner, réorganiser des réserves, publier en commun des livres ou des collections en lignes, en bossant avec archives photos et papier. Vous imaginez pas le temps perdu et le savoir qui traîne dans les réserves.
Certains encore où il y a 2, 3, 4 employés, aucun n'est qualifié pour la conservation, la muséologie, l'archéologie même parfois, ils nous filent un coup de main quand on essaye de faire quelque chose de leurs collections quand il n'y a pas de blocage politico-universitaire en amont, mais ils ont baissé les bras depuis longtemps.
Et jvous jure, ça me fait mal de le dire, mais j'ai bossé dans des musées où il se passe RIEN. Genre RIEN DU TOUT. Personne ne "travaille" vraiment. Les dessinateurs ne dessinent pas de mobilier, les restaurateurs n'ont plus les colles / solvants / produits pour restaurer quoi que ce soit, les collections sont dans un état de stase morbide, y'a une expo tous les 2 ou 3 ans, au bon vouloir du directeur qui doit faire avec ses petites mains et pas beaucoup d'argent.
On se retrouve parfois avec des fouilles italiennes des années 80 et 90 où les restes osseux humains de plusieurs sépultures sont DANS LE MEME SACHET sans numérotation, pas nettoyés de leur terre depuis 30 ANS.
D'un côté l'Etat italien balance un fric considérable pour ouvrir des parcs archéologiques qui restent déserts dans 80% des cas selon les régions, d'un autre il n'a pas d'argent à donner pour éditer des publications numériques des collections muséales, pour faciliter la création de pôles d'études dans les musées italiens dont la vétusté va grandissante et met en péril les collections.
Plus je bosse sur l'Italie, plus je suis désespéré face au délitement progressif des initiatives concrètes pour la publication des anciens travaux, et face aux stratégies qu'il faut déployer pour pouvoir voir 5, 10 objets, fouillés y'a 30, 40 ans, jamais étudiés, jamais publiés, ça traine dans les caisses, c'est inadmissible d'avoir dépensé de l'argent public pour faire des fouilles et ne pas créer de savoir accessible sur ça.
Parmi les choses qui m'énervent le plus :
- les fouilles pas publiées
- les fouilles mal publiées
- les fouilles mal publiées et en plus seulement partiellement publiées
- les fouilles +/- bien publiées mais hyper-partiellement publiées
- les gens à l'origine des situations précédentes qui sont toujours en poste sans aucune obligation de rendu de publication de rapports de fouilles et qui ne publieront jamais
- leurs successeurs qui feront pareil par atavisme et stratégie professionnelle
À l'ombre du vieux mur il est une cité vaillante et populeuse et qui m'est étrangère. Souvent j'y songe et je voudrais savoir quels sont les dieux en ces lieux que l'ont fête, si leurs vieillards sont sages dans leur cuirasse blanche, comment sont leurs savants, leurs fous et leurs poètes, et qui sont leurs guerrières et qui leurs agorètes...
Mais je n'y puis aller qu'en pensée, sous le vieux mur, dans la cité des myrmidons.
--Inconnu, vers -50
Traduit du latin par Alien Spoon
Bref, d'un côté les institutions italiennes sont ultra-verrouillées quant à l'accès au matériel archéologique non publié / anciennement découvert, de l'autre, je ne peux pas ronger mon frein à juste faire du texte latin, et au milieu, y'a une bibliographie italienne médiocre, avec des nécropoles publiées avec les pieds, de manière vraiment honteuse depuis 50 ans par nos collègues transalpins dans 90% des cas, les 10% restants étant donc hyper marginaux.
Et bon en même temps je suis archéologue hein, pas historien, on n'attend pas de moi que je sois aussi un latiniste modèle et que je me retraduise tout. Mais je sais que ça va manquer dans mon travail.
J'espère trouver des cartouches dans la thèse de Mathieu Engerbeaud, brillante, mais je dois constater que je n'ai pas le temps de me faire aussi spécialiste de chaque problème de source littéraire sur la guerre chez les peuples italiques préromains.
Je repousse, je repousse, mais un jour il va falloir que je me farcisse une quantité improbable de lectures sur l'annalistique romaine et sur l'historiographie des guerres samnites et j'ai peur d'y passer un temps fou en va-et-viens bibliographiques.
Retour sur mes histoires de comité de suivi de thèse : ça sera demain de 11h30 à 11h45, entre une réunion et une autre pour l'un des membres du comité. Un café clope me prendrait plus de temps. L'absurdité administrative faite règle obligatoire, qui emmerde à la fois les doctorants et ceux des profs qui se coltinent les comités.
Est ce que vous auriez une app Android et une Mac OS pour #Mastodon qui gère le multi-instance ? Merci !
Je fais un doublon pour avoir un compte sur 2 instances différentes. Vous pouvez le suivre aussi.
Je me suis fait un compte doublon pour avoir 2 instances : @SlementCalviani ! Ne vous inquiétez pas, c'est pas un fake, c'est bien moi.
Je précise que je tiens l'info de @Paglops qui vit là-bas.